La Gazette

 

Edito

Vous étiez sûrement comme moi devant vos petits écrans ce samedi 27 Février afin d’assister à la 35ème cérémonie des César. Il est en effet légitime, lorsque l’on s’intéresse au cinéma, d’assister à la consécration de ses têtes couronnées.
Passons outre l’affligeante animation de nos deux boute-en-train patentés qui ont réussi à ravaler la France au niveau zéro de la distinction, aidés en cela par la pathétique intervention d’une Jeanne Balibar, décidément très en forme, afin de tenter l’exploit de faire imiter le cri du cochon à un Harrison Ford ahuri et au bord de la syncope. Ajoutons à cela, pour un effet également assuré, la prestation d’une Laetitia Casta affichant résolument un superbe désir de jouer la transparence…
Mais passons aux choses sérieuses, c'est-à-dire aux récompenses allouées. Là encore, en essayant de garder un quant à soi sur les films que nous avions vus et appréciés, il m’a semblé bien dommageable que tous les œufs aient été mis dans le même panier, à savoir, l’énorme moisson de César récoltée par UN PROPHÈTE de Jacques Audiard. Certes, ce film coup de poing à la fois drame introspectif et miroir social, d’une puissance visuelle inouïe, méritait une réelle récompense mais de là à les rafler presque toutes (et parfois même en
doublon) m’a paru quelque peu réducteur.
Dans un contexte social tout aussi prégnant, nulle reconnaissance n’a été manifestée à Philippe Lioret pour son film WELCOME. Ne serait-ce que pour ses incroyables séquences tournées en mer (longues, difficiles, dangereuses et dans le froid, m’a-t-il été confié) et qui auraient sans doute pu mériter quelques retours à ses preneurs d’images.
Quant au prix de la meilleure actrice, pourquoi répéter l’Histoire ? Bien sûr, Adjani était crédible dans LA JOURNÉE DE LA JUPE de Jean Paul Lilienfield dans un registre nouveau pour elle (encore un drame social, tiens !...) où elle interprète le rôle d’une enseignante confrontée à l’intolérance, au machisme et au sexisme d’un milieu scolaire en zone défavorisée qui l’amène à la contrainte d’une violence retournée. Mais n’aurait-il pas fallu césariser aussi le film fort de Stéphane Brizé MADEMOISELLE CHAMBON, film d’une grande délicatesse toujours au plus près de la vérité des sentiments et saluer ainsi l’incroyable réussite d’une Sandrine Kiberlain (et pourquoi pas dans un rôle masculin celui de Vincent Lindon) tout en finesse et discrétion ?
Enfin, l’affaire est classée et bien classée et sans doute serait-il nécessaire de plus de compétence dans la connaissance du cinéma et de ses arcanes pour en mieux juger… Mais, quand même, nous, nous sommes là aussi et quand le cœur parle, il parle non ?

Annick Lejeune